Les victimes des appareils de loterie-vidéos (ALV) et témoins, ont chacun relevé, à leur manière, qu'il était mon seulement déraisonnable que Loto-Québec s'en sorte ainsi, mais pire que l'entente était contraire à leur intérêt. Pour eux, l'absence dans l'entente d'une reconnaissance de la dangerosité des ALV, le rejet de tout lien entre ces appareils et leur problème de jeu compulsif et l'inexistence de dédommagement pour les préjudices subis, rend celle-ci inacceptable. Certains joueurs ont mis en relief que l'entente excluait de nombreux membres du recours, puisque seuls les frais de thérapies offerts par un professionnel de la santé entre 1994 et 2002 seraient sujets à un remboursement. Comme l'a souligné un témoin, cette condition pousse même l'odieux à exclure de l'entente, des traitements et thérapies pourtant proposés, à l'époque, par Loto-Québec. Pendant la pause, j'ai précisé à des journalistes présents que ce seul critère excluait, possiblement, plus de 80% des joueurs pouvant être admissible à un dédommagement. Avant 2002, la plupart des traitements et thérapies suivis par les joueurs n'impliquaient pas de professionnels de la santé.

Les joueurs ont tenu à mentionner au juge que la grande accessibilité des ALV était pour une eux une des causes de leur problème de jeu compulsif et qu'ils seraient plus judicieux de retirer ceux-ci des bars et des regroupé dans des salons de jeu.

Le représentant initial des joueurs, Jean Brochu et les avocats de la poursuite sont venus expliquer que l'entente était, pour eux, acceptable, et ce,étant donné que: maintenant, il y avait des thérapies offertes gratuitement aux joueurs compulsifs; les «Mises en garde» présentes sur les appareils ont été améliorées de la longueur des procédures judiciaires; la présente cause avait contribué à faire connaître les risques associés aux ALV. Personnellement, je ne saisis pas comment la grande fatigue de ces avocats et leur absence de ressource peut être un motif d'acceptation de ladite entente... De plus, les «Mises en garde» (Warning) ne correspondent toujours pas aux critères de qualité que l'on retrouve dans le rapport du grand spécialiste canadien de la question, le professeur Jean-Charles Chebat qu'ils ont eux-mêmes présenté au tribunal. Finalement, il est présomptueux de prétendre que cette cause en recours collectif (presque totalement absente des médias) a joué un rôle significatif dans l'éveil des consciences envers le jeu compulsif et la dangerosité des ALV. Si les choses ont évolué à ce niveau dans les dernières années, c'est surtout grâce; à des mouvements citoyens tels que celui provoqué par l'annonce du projet d'implantation d'un casino à Pointe-St-Charles; aux nombreuses interventions des membres d'EmJEU dans les médias ainsi qu'aux travaux de chercheurs associés à la Santé publique tels que Élisabeth Papineau, Serge Chevalier et Jean Leblond et aux courageuses prises de position publiques des Directeurs de la Santé publique du Québec sur des sujets reliés aux jeux d'argent et de hasard. À noter que le principal expert de la poursuite et auteur de l'excellent rapport sur la dangerosité des ALV, le chercheur Jean Leblond a, lui aussi, critiqué dans les médias la présente entente.

J'ai aussi appris lors de cette audience que la première évaluation des joueurs admissibles serait réalisée par des experts associés à la fondation de Loto-Québec «Mise sur toi» (oui vous avez bien lu!) Les deux arbitres pour évaluer les éventuels litiges sur les réclamations seraient aussi choisis. Il s'agirait pour Québec de M. Jean Paquet et pour Montréal de M. Francois Baribeau. Pour ma part, j'ai bien essayé de me faire entendre, mais le juge a dû me refuser ce droit de parole suite à l'opposition des avocats de la défense et de la poursuite.

Après avoir entendu les joueurs et les avocats des deux parties, le juge Gratien Duchesne a pris la cause en délibéré. Il a promis de faire savoir rapidement s'il entérine ou pas cette entente à l'amiable.